En tant qu’expert-comptable, vous accompagnez des dirigeants qui pilotent leur entreprise au quotidien, mais qui négligent souvent de questionner, via un audit de rémunération structuré, la structure même de leur propre rémunération. Or, un package de rémunération mal calibré expose le dirigeant à des risques fiscaux, sociaux et financiers évitables.
L’audit de rémunération du dirigeant est précisément la démarche qui permet de vérifier la conformité, la soutenabilité et l’optimisation du mode de rémunération retenu, en tenant compte du statut juridique, du régime fiscal et de la situation patrimoniale du client. Cet article vous propose une méthodologie structurée, point par point, pour mener cet audit avec rigueur et en faire un vrai levier de valeur ajoutée pour votre cabinet.
- Définir le périmètre et collecter les documents indispensables
- Analyser la rémunération globale et l’arbitrage dividendes versus rémunération
- Vérifier la soutenabilité financière de la rémunération
- Comparer avec les pratiques du marché
- Identifier les risques juridiques et fiscaux
- Formaliser le diagnostic et le plan d’action correctif
- Gerem, l’outil qui automatise cet audit de rémunération
- Aller plus loin dans l’audit de rémunération du dirigeant
- FAQ
Étape 1 — Définir le périmètre et collecter les documents indispensables
Identifier le statut social du dirigeant
Avant toute analyse, il faut cadrer l’audit en identifiant précisément le statut social du dirigeant. Un gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs non salariés (TNS) et cotise à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI). Un président de SAS est assimilé salarié et relève du régime général de la Sécurité Sociale. Cette distinction est fondamentale car elle conditionne le niveau des cotisations sociales, la protection sociale et, in fine, l’arbitrage optimal entre rémunération et dividendes.
Collecter les documents indispensables
Les documents à collecter pour démarrer l’audit sont les suivants : les statuts de la société et tout pacte d’associés, les procès-verbaux d’assemblée générale fixant la rémunération du dirigeant, la convention de rémunération si elle existe, les bulletins de salaire ou les appels de cotisations TNS des trois dernières années, les déclarations de revenus (formulaires 2042 et 2042 C PRO), les contrats de prévoyance Madelin ou de retraite supplémentaire, et les relevés de compte courant d’associé. Sans cette base documentaire, l’audit de la rémunération du dirigeant ne peut pas être fiable.
Étape 2 — Analyser la rémunération globale et l’arbitrage dividendes versus rémunération
La rémunération globale du dirigeant ne se limite pas à sa rémunération nette mensuelle. Elle englobe l’ensemble du package : rémunération fixe, rémunération variable, avantages en nature (véhicule de fonction, logement de fonction), cotisations à un contrat de retraite supplémentaire, prévoyance Madelin, et éventuellement des dividendes distribués par la société.

L’arbitrage entre dividendes et rémunération est l’un des points les plus sensibles de l’audit. La règle diffère selon la forme juridique. En SAS, les dividendes perçus par le président ne supportent pas de cotisations sociales au titre de sa fonction de dirigeant. Ils sont soumis à la flat tax (prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux de 18,6 %, soit 31,4 % au total), ou sur option au barème progressif de l’impôt sur le revenu. En SARL avec gérant majoritaire, la règle est plus contraignante : la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes versées en compte courant d’associé est réintégrée dans l’assiette des cotisations sociales TNS. Cette différence de traitement rend l’arbitrage dividendes versus rémunération contrairement aux idées reçues – plus favorable en SARL qu’en SAS pour un gérant majoritaire.
| Critère | Président de SAS (assimilé salarié) | Gérant majoritaire de SARL (TNS) |
|---|---|---|
| Régime social | Régime général (URSSAF) | Sécurité Sociale des Indépendants (SSI) |
| Cotisations sociales sur rémunération | Environ 75 à 80 % de charges patronales et salariales | Environ 40 à 45 % de cotisations TNS |
| Dividendes soumis à cotisations sociales | Non (flat tax uniquement) | Oui, pour la part excédant 10 % du capital + primes + CCA |
| Protection chômage | Non (sauf assurance privée) | Non |
| Retraite supplémentaire déductible | Article 83 ou PERO | Contrat Madelin ou PERO |
Cet audit de la rémunération variable et fixe doit aussi intégrer les avantages en nature. Un véhicule de fonction valorisé forfaitairement ou au réel peut modifier significativement l’assiette des cotisations et le coût réel pour la société.
Étape 3 — Vérifier la soutenabilité financière de la rémunération
Apprécier la compatibilité avec la capacité distributive
Un audit de politique de rémunération sérieux ne peut pas faire l’économie d’une analyse financière. La question centrale est simple : la rémunération globale du dirigeant est-elle compatible avec la capacité distributive de l’entreprise ?
Pour répondre à cette question, il faut rapporter la rémunération totale (charges comprises) à l’excédent brut d’exploitation (EBE) de la société. Si la rémunération du dirigeant absorbe plus de 50 à 60 % de l’EBE, la soutenabilité financière mérite d’être questionnée, notamment en cas de retournement conjoncturel. À l’inverse, une rémunération très inférieure aux pratiques du marché peut signaler une optimisation fiscale agressive qui attire l’attention de l’administration fiscale, notamment en matière de taxe Puma (cotisation subsidiaire maladie due lorsque les revenus d’activité sont insuffisants).
Il convient également de vérifier le niveau du compte courant d’associé. Un compte courant élevé peut être un levier de rémunération via les intérêts versés, dans la limite du taux légal fixé chaque année par l’administration fiscale et publié au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP). Un compte courant d’associé mal documenté ou rémunéré hors plafond expose le dirigeant à un redressement.
Étape 4 — Comparer avec les pratiques du marché (benchmark rémunération dirigeant PME)
Le benchmark rémunération dirigeant PME est une étape souvent négligée dans les cabinets, alors qu’elle apporte une valeur ajoutée considérable pour le client. Il s’agit de positionner la rémunération globale du dirigeant par rapport aux pratiques observées dans des entreprises de taille, de secteur et de zone géographique comparables.
Pour cela, vous pouvez vous appuyer sur les enquêtes salariales publiées par les fédérations professionnelles, les données issues des observatoires de branche, ou les études menées par des organisations comme l’Ordre des Experts-Comptables (OEC). Le compa-ratio, qui mesure le rapport entre la rémunération réelle et la médiane du marché pour un poste équivalent, est un indicateur utile pour objectiver les écarts. Un compa-ratio inférieur à 0,85 signale une rémunération en dessous du marché, ce qui peut poser un problème d’attractivité ou de motivation si le dirigeant a des associés salariés.
Étape 5 — Identifier les risques juridiques et fiscaux
L’audit de la rémunération du dirigeant doit impérativement couvrir les risques de non-conformité. Plusieurs points méritent une attention particulière.

La régularité formelle de la rémunération
En SARL, la rémunération du gérant doit être fixée par les associés. En SAS, l’article L.225-47 du Code de commerce prévoit que la rémunération du président est déterminée par le conseil d’administration ou par les statuts. L’absence de procès-verbal d’assemblée générale ou de décision formelle peut être requalifiée par l’URSSAF ou l’administration fiscale.
Le risque lié aux dividendes en SARL
Si le gérant majoritaire perçoit des dividendes importants sans que le seuil de 10 % du capital social, des primes d’émission et des comptes courants soit respecté, la fraction excédentaire sera soumise aux cotisations sociales TNS lors du contrôle SSI. Ce point est souvent sous-estimé par les dirigeants et constitue l’un des redressements les plus fréquents.
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR)
Applicable dès 250 000 euros de revenu fiscal de référence pour un célibataire (500 000 euros pour un couple), cette contribution additionnelle à l’impôt sur le revenu peut alourdir significativement la charge fiscale globale du dirigeant. Elle doit être intégrée dans toute simulation d’optimisation de la rémunération.
Étape 6 — Formaliser le diagnostic et le plan d’action correctif
Un audit de paie réalisé par un expert-comptable n’a de valeur que s’il débouche sur des recommandations concrètes et hiérarchisées. Le diagnostic de rémunération du dirigeant doit présenter de manière structurée les constats, les zones de risque, les opportunités d’optimisation et les actions à mettre en œuvre.
Le plan d’action correctif peut inclure plusieurs types de leviers : modification de la répartition entre rémunération et dividendes, mise en place d’un contrat de prévoyance Madelin ou d’un plan d’épargne retraite obligatoire (PERO), optimisation du compte courant d’associé, recours à une holding de rémunération pour lisser la fiscalité sur plusieurs exercices, ou encore révision des avantages en nature pour maximiser le net en poche du dirigeant.
Ce plan doit être révisé au minimum une fois par an, idéalement lors de la clôture des comptes, et à chaque événement significatif : changement de forme juridique, entrée d’un nouvel associé, acquisition d’une filiale ou modification du régime fiscal de la société.
Gerem, l’outil qui automatise cet audit de rémunération
Réaliser manuellement cet audit de rémunération pour chaque client dirigeant représente un investissement en temps considérable pour un cabinet. C’est précisément pour répondre à ce besoin que Gerem a été conçu. La plateforme permet aux experts-comptables de modéliser en quelques minutes la situation d’un dirigeant TNS ou assimilé salarié, de comparer les arbitrages possibles entre rémunération et dividendes, de simuler l’impact de la CEHR, de la CDHR ou de la taxe Puma, et de produire un diagnostic structuré à remettre au client.
Grâce au comparateur SAS versus SARL intégré et aux outils de calcul des provisions de cotisations TNS, Gerem transforme un travail d’analyse fastidieux en un processus fluide et reproductible, quel que soit le volume de dossiers traités. Les cabinets de 10 à 50 collaborateurs y trouvent un gain de productivité immédiat et une montée en valeur perceptible par leurs clients dirigeants.
Pour découvrir comment Gerem peut s’intégrer dans votre pratique, vous pouvez consulter la présentation de la solution sur gerem.fr ou demander une démonstration directement depuis la page d’inscription.
Aller plus loin dans l’audit de rémunération du dirigeant
L’audit de rémunération du dirigeant est une mission à haute valeur ajoutée pour tout cabinet d’expertise comptable. Il combine analyse juridique, fiscale, sociale et financière, et nécessite une approche structurée pour être mené avec rigueur. En suivant les six étapes présentées dans cet article, vous disposez d’un cadre opérationnel pour diagnostiquer la situation de vos clients dirigeants, identifier les risques et formuler des recommandations concrètes. Des outils comme Gerem permettent d’industrialiser cette démarche et de la rendre accessible à l’ensemble des dossiers de votre portefeuille, sans sacrifier la qualité de l’analyse.

Synthèse de l’audit de rémunération du dirigeant
Faire de l’audit de rémunération une mission récurrente
En structurant votre démarche autour de ces différentes étapes et en vous appuyant sur des outils dédiés, vous sécurisez la situation du dirigeant, optimisez sa charge globale et renforcez la qualité de votre accompagnement d’expert-comptable. L’audit de rémunération devient ainsi une mission récurrente, lisible pour le client et créatrice de valeur pour le cabinet.
FAQ
À quelle fréquence un expert-comptable doit-il réaliser un audit de rémunération pour son client dirigeant ?
Idéalement, cet audit doit être réalisé une fois par an, lors de la clôture des comptes annuels. Il doit également être déclenché à chaque événement structurant : changement de statut juridique, entrée d’un associé, modification du régime fiscal de la société, ou variation significative du résultat de l’entreprise.
Quels sont les indicateurs clés à suivre dans un diagnostic de rémunération du dirigeant ?
Les principaux indicateurs sont le taux de prélèvement obligatoire global (cotisations sociales plus impôt sur le revenu rapportés à la rémunération brute), le ratio rémunération totale sur EBE, le montant des dividendes par rapport au seuil de 10 % applicable en SARL, et le revenu fiscal de référence pour anticiper la CEHR ou la CDHR.
Un dirigeant de SARL peut-il totalement éviter les cotisations sociales sur ses dividendes ?
Non. En SARL avec gérant majoritaire, la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des comptes courants d’associés est obligatoirement soumise aux cotisations sociales TNS. Seule la fraction en dessous de ce seuil échappe aux cotisations et est soumise à la flat tax ou au barème de l’impôt sur le revenu sur option.
Qu’est-ce qu’une holding de rémunération et dans quel cas est-elle pertinente ?
Une holding de rémunération est une société holding qui détient les titres de la société opérationnelle et perçoit des dividendes remontés depuis cette dernière via le régime mère-fille. Elle permet de différer la fiscalité personnelle du dirigeant et de réinvestir les bénéfices dans de nouvelles acquisitions ou placements. Ce montage est pertinent lorsque le dirigeant n’a pas besoin de consommer l’intégralité de ses revenus à titre personnel et souhaite optimiser sa fiscalité sur le long terme.
Comment la taxe Puma peut-elle affecter un dirigeant qui optimise sa rémunération à la baisse ?
La taxe Puma, ou cotisation subsidiaire maladie, est due lorsque les revenus d’activité du dirigeant sont inférieurs à un seuil fixé à 20 % du plafond annuel de la Sécurité Sociale. Un dirigeant qui réduit volontairement sa rémunération pour maximiser les dividendes peut se retrouver assujetti à cette cotisation, calculée sur ses revenus du capital. Il est donc indispensable de vérifier ce point lors de chaque audit de rémunération.



